Nous avons aimé…

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La succession, Jean-Paul Dubois, Editions de l’Olivier
Jean-Paul Dubois fait l’unanimité et il le mérite amplement. Dépaysement, cocasserie, il a son public dont nous faisons partie en espérant que vous allez nous rejoindre !
Note de l’éditeur : Paul Katrakilis vit à Miami depuis quelques années. Jamais il n’a connu un tel bonheur. Pourtant, il se sent toujours inadapté au monde. Même la cesta punta, ce sport dont la beauté le transporte et qu’il pratique en professionnel, ne parvient plus à chasser le poids qui pèse sur ses épaules. Quand le consulat de France l’appelle pour lui annoncer la mort de son père, il se décide enfin à affronter le souvenir d’une famille qu’il a tenté en vain de laisser derrière lui. Car les Katrakilis n’ont rien de banal: le grand-père, Spyridon, médecin de Staline, a fui autrefois l’URSS avec dans ses bagages une lamelle du cerveau du dictateur; le père, Adrian, médecin lui aussi, est un homme étrange, apparemment insensible; la mère, Anna, et son propre frère ont vécu comme mari et femme dans la grande maison commune. C’est toute une dynastie qui semble, d’une manière ou d’une autre, vouée passionnément à sa propre extinction.Paul doit maintenant rentrer en France pour vider la demeure. Lorsqu’il tombe sur deux carnets noirs tenus secrètement par son père, il comprend enfin quel sens donner à son héritage. Avec La Succession, Jean-Paul Dubois nous livre une histoire déchirante où l’évocation nostalgique du bonheur se mêle à la tristesse de la perte. On y retrouve intacts son élégance, son goût pour l’absurde et quelques-unes de ses obsessions.

Yaak Valley, Montana, Smith Henderson, traduit de l’américain par Nathalie Perrony, Éditions Belfond. Un grand coup de cœur de cette rentrée : lisez le !!! Note de l’éditeur : Dans les paysages grandioses du Montana des années 1980, l’histoire d’un homme en perdition confronté à ce que l’humanité a de pire et de meilleur. Héritier des grandes oeuvres de nature writing, un roman qui soulève les contradictions les plus violentes et dérangeantes d’une Amérique qui préfère ignorer ses marginaux. Portée par une écriture tour à tour sauvage, brutale et poétique, une révélation.
La première fois qu’il l’a vu, Pete a cru rêver. Des gosses paumés, il en croise constamment dans son job d’assistant social. Mais, tout de même, un enfant en pleine forêt, méfiant, en guenilles, l’air affamé… Pete s’accroche, laisse de la nourriture, des vêtements et finit par gagner la confiance du petit. Suffisamment pour découvrir que le garçon n’est pas seul. Sa mère et ses frères et sœurs sont introuvables, il vit avec son père, Jeremiah Pearl, un fondamentaliste chrétien qui fuit la civilisation pour se préparer à l’Apocalypse et comploter contre un gouvernement corrompu et dépravé. Petit à petit, entre Pete et Jeremiah s’installe une relation étrange. Car Jeremiah s’est isolé par désespoir, après un drame atroce ; Pete de son côté est au bord de sombrer : son frère est recherché par la police ; son ex, alcoolique, collectionne les amants ; et, surtout, sa fille de quatorze ans a disparu quelque part le long de la route du Texas…
Deux hommes aux prises avec des démons qu’ils ne pourront plus faire taire très longtemps…

Une bouche sans personne, Gilles Marchand, Éditions Aux forges de Vulcain. Poétique, émouvant, drôle : un grand coup de cœur de cette rentrée ! Note de l’éditeur : Un comptable se réfugie la journée dans ses chiffres et la nuit dans un bar où il retrouve depuis dix ans les mêmes amis. Le visage protégé par une écharpe, on ne sait rien de son passé. Pourtant, un soir, il est obligé de se dévoiler. Tous découvrent qu’il a été défiguré. Par qui, par quoi ? Il commence à raconter son histoire à ses amis et à quelques habitués présents ce soir-là. Il recommence le soir suivant. Et le soir d’après. Et encore. Chaque fois, les clients du café sont plus nombreux et écoutent son histoire comme s’ils assistaient à un véritable spectacle. Et, lui qui s’accrochait à ses habitudes pour mieux s’oublier, voit ses certitudes se fissurer et son quotidien se dérégler. Il jette un nouveau regard sur sa vie professionnelle et la vie de son immeuble qui semblent tout droit sortis de l’esprit fantasque de ce grand-père qui l’avait jusque-là si bien protégé du traumatisme de son enfance.

Un paquebot dans les arbres, Valentine Goby, Actes Sud. Formidable ! Note de l’éditeur : Au milieu des années 1950, Mathilde sort à peine de l’enfance quand la tuberculose envoie son père et, plus tard, sa mère au sanatorium d’Aincourt. Cafetiers de La Roche-Guyon, ils ont été le coeur battant de ce village des boucles de la Seine, à une cinquantaine de kilomètres de Paris.
Doué pour le bonheur mais totalement imprévoyant, ce couple aimant est ruiné par les soins tandis que le placement des enfants fait voler la famille en éclats, l’entraînant dans la spirale de la dépossession. En ce début des Trente Glorieuses au nom parfois trompeur, la Sécurité sociale protège presque exclusivement les salariés, et la pénicilline ne fait pas de miracle pour ceux qui par insouciance, méconnaissance ou dénuement tardent à solliciter la médecine.
À l’âge où les reflets changeants du fleuve, la conquête des bois et l’insatiable désir d’être aimée par son père auraient pu être ses seules obsessions, Mathilde lutte sans relâche pour réunir cette famille en détresse, et préserver la dignité de ses parents, retirés dans ce sanatorium – modèle architectural des années 1930 –, ce grand paquebot blanc niché au milieu des arbres.

The Girls, Emma Cline, traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean Esch, Éditions La Table Ronde. Note de l’éditeur : Le Nord de la Californie, à l’époque tourmentée de la fin des années 1960. Evie Boyd a quatorze ans, elle vit seule avec sa mère, que son père vient de quitter. Fille unique et mal dans sa peau, elle n’a que Connie, son amie d’enfance. Mais les deux amies se disputent dès le début de l’été qui précède le départ en pension d’Evie. Un après-midi, elle aperçoit dans le parc où elle est venue traîner, un groupe de filles dont la liberté, les tenues débraillées et l’atmosphère d’abandon qui les entoure la fascinent. Très vite, Evie tombe sous la coupe de Suzanne, l’aînée de cette bande, et se laisse entraîner dans le cercle d’une secte et de son leader charismatique, Russell. Caché dans les collines, leur ranch est aussi étrange que délabré, mais aux yeux d’Evie, il est exotique, excitant, électrique, et elle veut à tout prix s’y faire accepter. Tandis qu’elle passe de moins en moins de temps chez sa mère, et tandis que son obsession pour Suzanne va grandissant, Evie ne s’aperçoit pas qu’elle s’approche à grands pas d’une violence impensable, et de ce moment dans la vie d’une adolescente où tout peut basculer. Dense et rythmé, le remarquable premier roman d’Emma Cline est saisissant de perspicacité psychologique. Raconté par une Evie adulte mais toujours cabossée, comme jamais remise de son expérience sectaire ni de son enfance ballotée, il est un portrait indélébile des filles comme des femmes qu’elles deviennent. Il est aussi le tableau très documenté d’un monde parallèle et inquiétant. Celui d’une secte qui n’est pas sans rappeler la tristement célèbre Famille de Charles Manson, dont la légende noire flotte au-dessus de Hollywood depuis près d’un demi-siècle.

9782264067432OREO, Fran Ross, traduit de l’anglais (USA) par Séverine Weiss, Postface d’Harryette Mullen, Éditions 10/18. Une satire des relations entre la communauté noire américaine et la communauté juive, qui n’a rien perdu de son originalité ni de son insolence depuis sa première publication, en 1974. Née d’un père juif et d’une mère noire, qui divorcent lorsqu’elle n’a que deux ans, Oreo (qui tient son surnom des fameux biscuits « noir dehors, blanc dedans ») est élevée par ses grands-parents maternels à Philadelphie. À l’adolescence, elle décide de se rendre à New York, à la recherche de son père, pour élucider le secret de sa naissance. Mais sa découverte de la grande ville labyrinthique tourne vite à la quête picaresque… Parodie du mythe de Thésée, ce texte truculent est un questionnement sur l’origine, mais aussi sur l’utopie d’une réconciliation toujours en devenir. Figure ambiguë, métissée, Oreo, l’héroïne, fait montre d’une liberté de mouvement et de ton qui illustre le refus de toutes les frontières. Son identité métisse lui permet de déjouer toutes les structures, toutes les idéologies constituées.
Oreo est un texte hybride, ludique et irrévérencieux, qui joue avec les notions d’ethnie et de genre, mais nous livre également une réflexion en acte sur le langage, tout à la fois sérieuse et totalement fantasque.
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Joyce Maynard, traduit de l’anglais par Isabelle D.Philippe éd. Philippe Rey. Wendy, treize ans, vit à Brooklyn. Le 11 septembre 2001, son monde est complètement chamboulé : sa mère part travailler et ne revient pas. L’espoir s’amenuise jour après jour et, à mesure que les affichettes DISPARUE se décollent, fait place à la sidération. Le lecteur suit la lente et terrible prise de conscience de Wendy et de sa famille, ainsi que leurs tentatives pour continuer à vivre. Le chemin de la jeune fille la mène bientôt en Californie chez son père biologique qu’elle connaît à peine – et idéalise. Son beau-père et son petit frère la laissent partir le coeur lourd, mais avec l’espoir que cette expérience lui sera salutaire.
Un roman émouvant sur la reconstruction et le deuil difficiles à faire lorsqu’un être cher disparait dans une telle tragédie. Beaucoup aimé. L’un des coups de coeur de cette rentrée !
1540-1Romanesque, Tonino Benacquista, éd. Gallimard. Un couple de Français en cavale à travers les États-Unis se rend dans un théâtre, au risque de se faire arrêter, pour y voir jouer un classique : Les mariés malgré eux. La pièce raconte comment, au Moyen Âge, un braconnier et une glaneuse éperdument amoureux refusent de se soumettre aux lois de la communauté. Malgré les mille ans qui les séparent, les amants, sur scène comme dans la réalité, finissent par se confondre. Ils devront affronter tous les périls, traverser les continents et les siècles pour vivre enfin leur passion au grand jour. Tonino Benacquista livre ici un roman d’aventures haletant et drôle qui interroge la manière dont se transmettent les légendes : l’essence même du romanesque. L’un de nos chouchous de la rentrée !
Crépuscule du tourment, Léonora Miano, Grasset.
De nos jours, quelque part en Afrique 9782246854142-001-Xsubsaharienne, au Cameroun peut-être, quatre femmes s’adressent successivement au même homme : sa mère, la femme à laquelle il a tourné le dos parce qu’il l’aimait trop et mal, celle qui partage sa vie parce qu’il n’en est pas épris, sa sœur enfin. À celui qui ne les entend pas, toutes dévoilent leur vie intime, relatant parfois les mêmes épisodes d’un point de vue différent. Chacune fait entendre un phrasé particulier, une culture et une sensibilité propres. Elles ont en commun, néanmoins, une blessure secrète : une ascendance inavouable, un tourment identitaire reçu en héritage, une difficulté à habiter leur féminité… Les épiphanies de la sexualité côtoient, dans leurs récits, des propos sur la grande histoire qui, sans cesse, se glisse dans la petite.
Un roman magnifique, d’une grande sensualité, qui encore une fois nous conte l’ « âme africaine ».

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